Et oui, quand je parle avec des gens supposés spécialisés, c’est souvent ce genre de réflexion qui revient (attention qu’elles ne sont pas clairement dites, mais sans être totalement con c’est directement ce qu’on peut comprendre). Cet article n’apparaît pas par hasard, il fait suite à un entretien que j’ai eu avec un médecin de la vierge noir (supposé donc être spécialisé dans le handicap, dans le relationnel, et travailler avec eux depuis quelques années maintenant. Je dis bien « supposée.), je vais donc vous conter au fur et à mesure de cet article cette magnifique entrevue que nous avons eue… Et attention, ce n’est que le début d’une longue série d’articles sur cette entrevue et sur tous les problèmes que j’ai pu rencontrer avec des gens soi-disant spécialisé dans le handicap !

Vision fort limitée

J’ai toujours trouvé que les gens avaient une vision fort limitée du handicap, pour beaucoup de monde, être handicapé signifie ne pas avoir de vie sociale, ne rien faire comme activité et ne rien faire du tout, tout simplement. À entendre certaines personnes, les handicapés passent leur journée à ne rien faire mis à part rester chez eux et regarder la télévision pour voir le dernier sketch de Jamel Debouze, qui est bien entendu un des seuls handicapés qui fait quelque chose de sa vie (et qui pourtant n’assume même pas celui-ci drôle n’est-ce pas ?) (oui, deux parenthèses de suite, c’est très incorrect, mais bon, tout ça pour dire que je pousse très très fort la mauvaise foi ici, je m’en suis rendu compte en relisant mon article). Je peux encore plus ou moins accepter ce genre de vision venant de la part de personnes non habituées au contact avec des personnes handicapées, mais quand j’entends ce genre de chose de la part de spécialiste, une petite partie de moi se meurt quand même un peu…

« Ah, et tu fais des études ? »

Cette question fut la plus dure que j’ai pu entendre, j’ai toujours envie de répondre quelque chose dans le genre « Non, mon bras est paralysé et mon cerveau suit la même logique, j’ai du mal à réfléchir tout seul » et me mettre à baver, ce serait peut-être la réponse qu’ils attendent. Alors je ne vous dis pas l’étonnement quand je lui ai dit que j’entrais en 3ème BAC, que j’avais tout réussi du premier coup et que je poursuivrais très certainement par un Master, la pauvre dame, elle n’aurait pas survécu à tout ça, ça aurait été un trop gros choc pour elle. Le deuxième gros étonnant a quand même été quand je lui ai dit que je faisais de la musculation, j’ai quand même précisé que je ne musclais du coup que mon bras droit, je ne sais pas ce qu’elle aurait pu imaginer sinon, un handicapé qui fait du sport, mais dans quel monde vit-on ?

Si tu veux être aidé, apprends à ne rien faire

On en arrive au dernier point, celui qui me fait le plus criser. L’an passé, j’ai fait une demande pour obtenir une carte de stationnement sur les places handicapées, je ne vais pas épiloguer dessus car ça fera l’objet d’un article complet. Mais pendant cette entrevue, j’y ai été de bonne foi, pensant avoir affaire à des gens intelligents, j’y ai mis du mien, j’ai montré que j’avais appris à me débrouiller tout seul, que j’étais devenu quelqu’un de vraiment (presque) indépendant malgré mon handicap, la récompense fut parfaite ! On m’a diminué (voire supprimé, bravo l’administration) mon statut handicapé.

Je ne sais pas si vous pouvez vous rendre compte de la frustration que cela crée, je me débrouille des années durant, je me bats pour apprendre à faire des choses tout seul, je cherche des moyens de le faire, des moyens de changer tout ce qui me posait problème par d’autres solutions où je peux le faire à deux mains, et j’arrive là bas plein de bonnes volontés, et je me retrouve sanctionné parce que j’ai appris à me débrouiller tout seul. Quel coup pour l’ego, pour continuer à être aidé financièrement et reconnu, je dois arrêter d’être quelqu’un de débrouillard, je dois redevenir une larve, être quelqu’un qui n’est pas foutu de faire la moindre chose tout seul ? Mais dans quel monde vis t-on, qui est l’abruti qui a décidé de ça, a-t-il déjà ne serait-ce qu’un contact oral avec une personne handicapée, est-il ne serait-ce que doté d’un cerveau ? Cette partie de l’article est la plus importante, c’est celle qu’il faut retenir, et c’est celle qui me fait le plus de bien à écrire. Partager avec vous cette rancune que j’ai envers ces bureaucrates incompétents et dénues d’une once d’intelligence, comment peut-on prôner de plein gré la régression au lieu de féliciter l’évolution ? Je vous le demande…

Un commentaire sur “Être handicapé, c’est être une larve

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